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Les bioplastiques sont-ils si fantastiques ?

Tout comprendre sur l’industrie des bioplastiques

par James Bowers, Rédacteur en chef de Polytechnique Insights
Le 2 février 2021 |
5min. de lecture
James Bowers
James Bowers
Rédacteur en chef de Polytechnique Insights
En bref
  • Les bioplastiques représentent 2% du marché mondial du plastique et observent un taux de croissance annuel estimé à 16%.
  • L’industrie a longtemps privilégié les plastiques ordinaires à base de ressources fossiles bon marché et abondantes.
  • Sous la pression des consommateurs et de la réglementation, les industriels cherchent des substituts plus écologiques.
  • Dans leur définition, les bioplastiques sont soit biodégradables, soit produits à partir de ressources biologiques, voire les deux à la fois.
  • Le secteur doit surmonter un certain nombre d’obstacles pour se développer.

Les bio­plas­tiques ont fait leur appa­ri­tion sur la scène indus­trielle au cours des dix der­nières années. On estime qu’ils repré­sentent envi­ron 8,3 mil­liards de dol­lars sur les 569 mil­liards géné­rés annuel­le­ment par l’industrie du plas­tique. Si l’on en croit les pré­vi­sions, leur part de mar­ché est appe­lée à croître d’environ 16% par an dans les années à venir 1. Même si les appli­ca­tions des bio­plas­tiques res­tent très spé­ci­fiques, ce sec­teur nais­sant semble en passe de se faire une place sur le mar­ché. Pour autant, ces maté­riaux ne font pas l’unanimité par­mi les grands don­neurs d’ordre.

Pré­ci­sons que les bio­plas­tiques ne datent pas d’hier. Bien qu’ils com­mencent à peine à faire par­ler d’eux, ils existent depuis aus­si long­temps que les poly­mères ordi­naires à base de res­sources fos­siles. Leur ori­gine remonte à la fin du XIXe siècle. À l’époque, des pré­cur­seurs s’employaient dans les labo­ra­toires de chi­mie à mettre au point des poly­mères natu­rels comme la cel­lu­lose. Dès lors, com­ment expli­quer qu’il ait fal­lu tout ce temps pour atteindre la matu­ri­té indus­trielle ? Pour faire court, les indus­triels ont pri­vi­lé­gié les plas­tiques pétro-sourcés.

Plas­tiques vs bioplastiques

Les plas­tiques ordi­naires sont fabri­qués à par­tir de matières pre­mières issues d’hydrocarbures fos­siles, prin­ci­pa­le­ment le pétrole et le gaz. Ils sont bon mar­ché et aus­si mal­léables que résis­tants ; ces carac­té­ris­tiques leur ont per­mis de s’attirer les faveurs des indus­triels tout au long du XXe siècle. Les bio­plas­tiques exis­taient déjà, mais per­sonne ne n’y inté­res­sait vrai­ment. Cepen­dant, ces mêmes carac­té­ris­tiques jouent aujourd’­hui contre eux. Les pro­cé­dés indus­triels pétro­chi­miques sont source d’é­mis­sions de car­bone, et la résis­tance de ces poly­mères à la bio­dé­gra­da­tion pose pro­blème en matière de trai­te­ment des déchets.

Bien que deux caté­go­ries de bio­plas­tiques soient regrou­pées sous un même terme géné­rique, cha­cune pré­sente des solu­tions bien dis­tinctes aux deux défis envi­ron­ne­men­taux majeurs aux­quels se trouve confron­tée l’industrie des plas­tiques, à savoir les émis­sions de car­bone et la ges­tion des déchets. D’un côté, les matières plas­tiques d’origine végé­tale sont issues de la bio­masse, de matières pre­mières renou­ve­lables comme la canne à sucre, le maïs ou l’huile végé­tale, et per­mettent en géné­ral de réduire les émis­sions de car­bone inhé­rentes à leur pro­duc­tion. Elles peuvent éga­le­ment être fabri­quées à par­tir de rési­dus ali­men­taires, et des recherches sont en cours pour exploi­ter des res­sources non ali­men­taires telles que la cellulose.

De l’autre, les matières plas­tiques bio­dé­gra­dables sont pro­duites, à l’instar des plas­tiques ordi­naires, à par­tir de pro­duits pétro­chi­miques aux­quels on incor­pore des addi­tifs per­met­tant de faci­li­ter le pro­ces­sus de trai­te­ment des déchets. Si cer­tains bio­plas­tiques sont tout à la fois bio­sour­cés et bio­dé­gra­dables, comme l’acide poly­lac­tique (PLA), d’autres ont sim­ple­ment été label­li­sés « d’origine végé­tale », dans la mesure où ils sont fabri­qués à par­tir de matières bio­lo­giques, même s’ils contiennent des sub­stances pétro­chi­miques, ce qui signi­fie qu’il s’agit en fin de compte de pro­duits intermédiaires.

Le « bio » pas for­cé­ment mieux

Si les bio­plas­tiques semblent consti­tuer une alter­na­tive éco­lo­gique aux plas­tiques ordi­naires, ce n’est pas tou­jours le cas. On peut en effet craindre que le terme « bio­dé­gra­dable » soit trom­peur, sachant qu’il implique en géné­ral des condi­tions de tem­pé­ra­ture et de pH très pré­cises, ou encore le recours à des microor­ga­nismes spé­ci­fiques. De fait, la plu­part des bio­plas­tiques ne doivent pas être reje­tés dans l’environnement ni dans les com­pos­teurs domes­tiques, mais sou­mis à des pro­ces­sus de com­pos­tage indus­triel, à des tem­pé­ra­tures situées entre 50 et 70° C. Par ailleurs, la plu­part ne se décom­posent pas dans l’eau de mer, où une grande par­tie des déchets plas­tiques ter­minent leur vie. Des ques­tions se posent éga­le­ment quant à leur toxi­ci­té, ce qui laisse pen­ser qu’ils sont, pour par­tie, pas tou­jours dif­fé­rents des plas­tiques ordinaires.

En outre, les plas­tiques d’origine bio­lo­gique peuvent entrer en com­pé­ti­tion avec l’industrie ali­men­taire, sachant que, d’après Euro­pean Bio­plas­tics, le sec­teur a mobi­li­sé en 2020 0,7 mil­lion d’hectares de cultures pour ses acti­vi­tés. Bien que cela ne repré­sente que 0,021% des terres agri­coles dis­po­nibles, cette indus­trie peut favo­ri­ser la défo­res­ta­tion. Les sources de troi­sième géné­ra­tion (les algues) ne sont pas encore pro­duites en quan­ti­tés suf­fi­santes pour garan­tir une pro­duc­tion à grande échelle.

Tan­dis que des socié­tés comme Total et Arke­ma s’emploient à prendre des posi­tions sur le mar­ché des bio­plas­tiques, d’autres se montrent pru­dentes. L’Oréal a ain­si fait savoir que « même si les bio­plas­tiques actuels pré­sentent des émis­sions de gaz à effet de serre moins impor­tantes que celles des plas­tiques pétro­chi­miques, d’autres indi­ca­teurs envi­ron­ne­men­taux tels que la consom­ma­tion d’eau et l’exploitation des terres abou­tissent à une empreinte car­bone néga­tive ». Le groupe pour­suit néan­moins ses inves­tis­se­ments pour mettre au point des matières plas­tiques bio­sour­cées sans tou­te­fois les uti­li­ser dans ses pro­duits pour le moment.

L’avènement des bioplastiques

En Europe, selon les esti­ma­tions actuelles, 9,4 mil­lions de tonnes de plas­tiques ont été col­lec­tées en 2018 alors que 62 mil­lions de tonnes de plas­tique étaient pro­duites 2.  La pres­sion des consom­ma­teurs a abou­ti, notam­ment au sein de l’UE, à de nou­velles régle­men­ta­tions en faveur de la recherche de sub­sti­tuts au plas­tique. Cer­taines études indiquent que la crois­sance annuelle du mar­ché des plas­tiques est de 3,2% 3. Sou­cieux de leur image, les grands pro­duc­teurs de biens de consom­ma­tion comme l’alimentation et l’automobile se sont donc mis en quête de nou­velles solutions.

Les bio­plas­tiques consti­tuent aujourd’hui un mar­ché de niche diver­si­fié. D’une part, des pro­duits bio­dé­gra­dables ; de l’autre, une alter­na­tive aux res­sources fos­siles émet­trices de car­bone et sou­mis à raré­fac­tion. Dans les deux cas, ils per­mettent de réduire notre dépen­dance à l’égard des plas­tiques. Pour autant, tels qu’ils existent aujourd’hui, ces maté­riaux ne peuvent pas sys­té­ma­ti­que­ment rem­pla­cer les plas­tiques ordinaires. 

De fait, les indus­triels s’interrogent tou­jours sur la place qu’il convient de leur accor­der par rap­port à d’autres stra­té­gies, telles que l’économie cir­cu­laire ou la com­pen­sa­tion des émis­sions de car­bone. Au cours des vingt der­nières années, leur prix a par ailleurs consi­dé­ra­ble­ment dimi­nué, pas­sant d’environ mille dol­lars le kilo à quelques dol­lars aujourd’hui.

Des mar­chés res­treints, mais ciblés

Aujourd’­hui, le condi­tion­ne­ment repré­sente plus de la moi­tié du mar­ché des bio­plas­tiques. De toute évi­dence, il existe une véri­table demande des consom­ma­teurs en la matière. Dans le cadre d’une étude réa­li­sée au Royaume-Uni en 2019, 50% des per­sonnes inter­ro­gées ont ain­si décla­ré qu’elles étaient prêtes à payer plus cher pour des embal­lages éco­lo­giques, même si rien ne garan­tit qu’elles passent à l’acte 4.

Depuis 2017, la régle­men­ta­tion euro­péenne impose le recours à des sacs bio­dé­gra­dables et com­pos­tables pour les fruits et légumes, même si l’on peut s’interroger sur leur inté­rêt dans la pra­tique, notam­ment au regard des condi­tions strictes requises pour leur biodégradation.

L’industrie auto­mo­bile, étroi­te­ment asso­ciée au sec­teur pétro­lier, est aus­si contrainte de se plier à cette ten­dance éco­lo­gique, sachant que les ache­teurs sont de plus en plus sen­sibles aux émis­sions de car­bone. Enfin, d’autres sec­teurs comme l’agriculture ont désor­mais recours aux bio­plas­tiques pour la fabri­ca­tion de films agri­coles, leurs pro­prié­tés répon­dant en tous points aux besoins des pro­fes­sion­nels et aux contraintes réglementaires.

Sur le plan scien­ti­fique, l’avènement de ces molé­cules offre de nou­velles oppor­tu­ni­tés qu’il appar­tient aux ingé­nieurs chi­mistes d’exploiter, et qui devraient conduire à la décou­verte de nou­veaux poly­mères aux appli­ca­tions tout à fait inédites. Cepen­dant, cette approche tarde à por­ter ses fruits. Toxi­ci­té des maté­riaux, impact envi­ron­ne­men­tal, chaîne d’approvisionnement, com­pé­ti­tion avec les res­sources ali­men­taires : voi­ci les prin­ci­paux défis des bioplastiques.

Il semble tou­te­fois que l’impulsion la plus consé­quente en faveur de ces maté­riaux vienne d’en haut. Les déci­deurs appellent en effet à des ini­tia­tives coor­don­nées, et de grands fabri­cants de poly­mères, comme Total, tra­vaillent désor­mais en par­te­na­riat avec des socié­tés bio­tech­no­lo­giques même si de nom­breux pro­grès res­tent à réa­li­ser en matière de recherche et développement.

1https://​www​.grand​vie​wre​search​.com/​i​n​d​u​s​t​r​y​-​a​n​a​l​y​s​i​s​/​b​i​o​p​l​a​s​t​i​c​s​-​i​n​d​ustry
2https://​www​.plas​tic​seu​rope​.org/​a​p​p​l​i​c​a​t​i​o​n​/​f​i​l​e​s​/​1​1​1​5​/​7​2​3​6​/​4​3​8​8​/​F​I​N​A​L​_​w​e​b​_​v​e​r​s​i​o​n​_​P​l​a​s​t​i​c​s​_​t​h​e​_​f​a​c​t​s​2​0​1​9​_​1​4​1​0​2​0​1​9.pdf
3https://​www​.grand​vie​wre​search​.com/​i​n​d​u​s​t​r​y​-​a​n​a​l​y​s​i​s​/​g​l​o​b​a​l​-​p​l​a​s​t​i​c​s​-​m​arket
4https://​you​gov​.co​.uk/​t​o​p​i​c​s​/​c​o​n​s​u​m​e​r​/​a​r​t​i​c​l​e​s​-​r​e​p​o​r​t​s​/​2​0​1​9​/​0​4​/​1​9​/​m​o​s​t​-​b​r​i​t​s​-​s​u​p​p​o​r​t​-​b​a​n​-​h​a​r​m​f​u​l​-​p​l​a​s​t​i​c​-​p​a​c​k​aging

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