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L'hydrogène vert doit encore faire ses preuves

L’hydrogène, avenir de la combustion ?

par Laurent Catoire, responsable de l'Unité chimie et procédés à l'ENSTA Paris (IP Paris)
Le 8 juillet 2021 |
4min. de lecture
Laurent Catoire
Laurent Catoire
responsable de l'Unité chimie et procédés à l'ENSTA Paris (IP Paris)
En bref
  • Aujourd'hui, la majeure partie de notre énergie est obtenue en brûlant des combustibles fossiles, moins chers que les énergies renouvelables.
  • L'hydrogène vert (H2) pourrait remplacer certains combustibles fossiles, notamment le gaz naturel, dans certains dispositifs de combustion comme carburant pour les turbines à gaz et les processus industriels.
  • Certaines méthodes de combustion de l'hydrogène produisent 90 % de pollution en moins sous forme d'oxydes d'azote (NOx).

La demande d’éner­gie dans le monde a consi­dé­ra­ble­ment aug­men­té avec l’ac­crois­se­ment de la popu­la­tion. Cela s’ex­plique, et c’est un truisme, par le fait que l’éner­gie est néces­saire à presque toutes les acti­vi­tés : dans l’in­dus­trie, pour les acti­vi­tés domes­tiques et les dépla­ce­ments urbains, inter­ur­bains ou inter­con­ti­nen­taux. Aujourd’hui, la majo­ri­té de l’éner­gie uti­li­sée est obte­nue par la com­bus­tion de com­bus­tibles fos­siles, qui ne sont bien enten­du pas des res­sources renou­ve­lables. L’éner­gie libé­rée lors de la com­bus­tion des com­bus­tibles fos­siles est moins coû­teuse, mais elle est confron­tée à cer­tains défis qu’il n’est pro­ba­ble­ment pas utile de rap­pe­ler ici.

Incon­tour­nable com­bus­tion

Le sou­hait de ne plus recou­rir à la com­bus­tion des éner­gies fos­siles ne rime cepen­dant pas for­cé­ment avec la dis­pa­ri­tion des pro­cé­dés de com­bus­tion. Ils sont aujourd’hui hégé­mo­niques et tra­vaillés inten­si­ve­ment depuis 150 ans. Aucun motif sérieux n’est à même de les faire dis­pa­raître. Ils sont du reste trop nom­breux : tur­bines à gaz, moteurs ther­miques et hybrides, brû­leurs des appa­reillages de chauf­fage et des fours des indus­tries pétro­chi­miques, brû­leurs néces­saires aux opé­ra­tions de séchage, sys­tèmes de com­bus­tion pour chau­dières indus­trielles et domes­tiques, etc. Tous déve­lop­pés pour des appli­ca­tions spécifiques. 

Les alter­na­tives que sont les piles à com­bus­tibles ou encore les bat­te­ries sont pro­ba­ble­ment inté­res­santes pour quelques niches, mais elles ne sont ni propres ni sûres, et demeurent très coû­teuses, tant sur les plans éco­no­mique et socié­tal qu’environnemental. 

Il reste donc à dis­cu­ter des sub­stances sus­cep­tibles de rem­pla­cer les éner­gies fos­siles, en par­ti­cu­lier le gaz natu­rel, dans ces dis­po­si­tifs de com­bus­tion. Les indus­tries ver­rières pensent au verre vert, et l’un des can­di­dats poten­tiels pour répondre à leurs sou­cis et besoins est l’hy­dro­gène (H2) vert. Ce sou­ci n’est pas uni­que­ment celui des indus­triels du verre, il en va de même pour l’industrie cimen­tière et, plus géné­ra­le­ment, pour tous les indus­triels. L’hy­dro­gène n’existe pas en tant que tel dans la nature (l’atmosphère ter­restre en contient très peu). On peut l’obtenir à par­tir des matières végé­tales (bio­masse), mais il semble que l’on s’oriente vers une pro­duc­tion par élec­tro­lyse de l’eau et/ou à l’aide de pro­cé­dés ther­miques. [Ces ques­tions ne sont pas abor­dées plus avant ici, mais sont trai­tées dans d’autres articles du pré­sent dossier].

L’hydrogène, ave­nir de la combustion ?

Com­bi­né à l’u­ti­li­sa­tion de sources d’éner­gie renou­ve­lables pour sa pro­duc­tion, l’hy­dro­gène (consi­dé­rons le vert par sim­pli­ci­té) repré­sente un com­bus­tible alter­na­tif poten­tiel pour les tur­bines à gaz des­ti­nées à pro­duire de l’élec­tri­ci­té à faibles émis­sions et pour les pro­cé­dés, appa­reillages et sys­tèmes de com­bus­tion énu­mé­rés ci-des­sus. Cepen­dant, en rai­son de la dif­fé­rence des pro­prié­tés phy­siques entre l’hy­dro­gène et d’autres com­bus­tibles tels que le gaz natu­rel, les sys­tèmes de com­bus­tion de tur­bines à gaz bien rodés ne peuvent pas être conver­tis direc­te­ment à la com­bus­tion d’hy­dro­gène – un pro­cé­dé en déve­lop­pe­ment depuis de nom­breuses années, car il offre la pro­messe de réduire consi­dé­ra­ble­ment les émis­sions de NOx, sans émettre de par­ti­cules (PM ou suies) ou de CO2

Les nom­breuses études fon­da­men­tales menées dans les labo­ra­toires aca­dé­miques et les labo­ra­toires de R&D ont per­mis de très bien maî­tri­ser les méca­nismes de com­bus­tion de l’hydrogène dans l’oxygène ou dans l’air. Ils peuvent être implé­men­tés dans des codes CFD (Com­pu­ta­tio­nal Fluid Dyna­mics) mai­sons ou com­mer­ciaux qui prennent en compte non seule­ment la méca­nique des fluides, les pro­prié­tés de trans­port, les échanges ther­miques mais aus­si, et c’est plus récent, la chi­mie de la com­bus­tion avec la finesse néces­saire et suf­fi­sante pour savoir dans quelles zones du dis­po­si­tif agir pour limi­ter la for­ma­tion des seuls pol­luants sus­cep­tibles de se for­mer lors de la com­bus­tion H2/air, c’est-à-dire les oxydes d’azote ou NOx (monoxyde d’azote (x=1) et dioxyde d’azote (x=2)).

Réduc­tion des polluants

Il est bon de pré­ci­ser que les indus­triels et les aca­dé­miques ont déve­lop­pé depuis des décen­nies des stra­té­gies, aujourd’hui éprou­vées, pour limi­ter la for­ma­tion des oxydes d’azote lors des com­bus­tions des éner­gies fos­siles. On peut citer, de façon non-exhaus­tive, l’EGR (pour Exhaust Gas Recir­cu­la­tion), la tech­no­lo­gie SNCR (pour Selec­tive Non Cata­ly­tic Reduc­tion), la tech­no­lo­gie SCR (pour Selec­tive Cata­ly­tic Reduc­tion), la post-com­bus­tion et diverses tech­no­lo­gies de com­bus­tions dites « avan­cées » qui com­binent des tech­no­lo­gies exis­tant indé­pen­dam­ment les unes des autres.

Ces stra­té­gies de dépol­lu­tion pour­ront être mises en œuvre au besoin pour les appa­reillages dans les­quels on brû­le­ra des mélanges hydrogène/air. Sachant que cer­taines d’entre elles auto­risent une réduc­tion de 90 % des NOx, on conçoit que la com­bus­tion de l’hydrogène est une alter­na­tive sérieuse, propre et sûre. Natu­rel­le­ment, les risques chi­miques encou­rus lors de la mise en œuvre de l’hydrogène ne sont pas les mêmes que pour le gaz natu­rel. Cepen­dant, ces risques sont connus et par­fai­te­ment maî­tri­sés, et sont exac­te­ment les mêmes que ceux des piles à com­bus­tible, par exemple.

Pour aller plus loin

Com­bus­tion, Pol­lu­tions et Risques Envi­ron­ne­men­taux (French Edi­tion), Laurent Catoire

Auteurs

Laurent Catoire

Laurent Catoire

responsable de l'Unité chimie et procédés à l'ENSTA Paris (IP Paris)

Laurent Catoire est professeur en cinétique chimique appliquée, en particulier à la combustion et en général à tous les systèmes réactifs. Après une thèse DGA, il travaille depuis 30 ans sur des systèmes réactifs assez peu étudiés, mal connus mais aux applications importantes ou potentiellement importantes (systèmes hypergoliques en propulsion spatiale, matériaux énergétiques civils et militaires (explosifs, propergols et générateurs de gaz), liquides ioniques énergétiques, nanothermites, combustion de l'aluminium, combustion des métaux, etc).

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